lundi 11 mars 2019

L’éolienne, un super prédateur


Michael Shellenberger, activiste de renommée internationale dans la lutte contre le changement climatique, a publié le 27 février dernier dans la revue Quillette (lien en bas de page pour nos amis anglophones) un article sur sa propre expérience dans le domaine des énergies renouvelables, notamment l’éolien et le photovoltaïque. Cet article a été traduit et est paru dans Le Point le 9 mars dernier.
Michael Schellenberger a été nommé « Héros de l'environnement » par Time Magazine, et préside l'association Environmental Progress, un laboratoire d'idées indépendant.

Nous reprenons ci-après le début de cet article :
« Quand j'étais petit, mes parents m'emmenaient souvent avec ma sœur faire du camping dans le désert. Pour beaucoup de gens, les déserts sont des endroits vides, mais mes parents nous ont appris à détecter la faune environnante – les aigles, les faucons, les tortues. Après l'université, je me suis installé en Californie pour travailler sur des campagnes de défense de l'environnement. J'ai contribué à sauver la dernière forêt de séquoias de l'État et j'ai bloqué un projet de stockage de déchets radioactifs dans le désert.
En 2002, peu après mes 30 ans, j'ai décidé de me consacrer à la lutte contre le changement climatique. Je craignais que le réchauffement climatique n'en vienne à détruire tout le travail de préservation de l'environnement que des gens comme moi avaient effectué. Pour moi, les solutions étaient assez simples : des panneaux solaires sur chaque toit, des voitures électriques devant chaque maison, etc. Les principaux obstacles, pensais-je, étaient de nature politique. Raison pour laquelle j'ai œuvré à former une coalition entre les plus grands syndicats et associations écologistes américains. Nous envisagions un investissement de 300 milliards de dollars dans les énergies renouvelables. Ainsi, nous allions non seulement ralentir le changement climatique, mais aussi créer des millions de nouveaux emplois dans un secteur high-tech en pleine croissance.
Quand le soleil se couche et que le vent tombe
Nos efforts portèrent leurs fruits en 2007, quand le candidat à la présidence américaine, Barack Obama, se déclara favorable à notre projet. Entre 2009 et 2015, les États-Unis ont investi 150 milliards de dollars dans les énergies renouvelables et d'autres formes de technologies propres. Et c'est là que les problèmes ont commencé. Le premier concernait l'utilisation des terres. L'électricité des toits solaires coûte environ deux fois plus cher que celle des parcs solaires, mais les parcs solaires et éoliens nécessitent d'énormes superficies. En outre, les parcs solaires et éoliens exigent l'installation de nouveaux pylônes électriques, auxquels s'opposent les riverains et les défenseurs de l'environnement protégeant la faune, et en particulier les oiseaux.
La nature intermittente des énergies solaire et éolienne pose un autre défi. Lorsque le soleil cesse de briller et le vent de souffler, vous devez rapidement être en mesure d'exploiter une autre source d'énergie. Heureusement, beaucoup de gens réfléchissaient à des solutions. L'une d'entre elles consistait à convertir les barrages californiens en énormes batteries. La logique était la suivante : lorsque le soleil brillait et que le vent soufflait, on pouvait pomper de l'eau en amont, la stocker pour plus tard, puis la faire passer par des turbines pour produire de l'électricité quand il y en avait besoin. D'autres problèmes, en y réfléchissant bien, ne me paraissaient finalement pas si énormes. Par exemple, après avoir appris que les chats domestiques tuaient des milliards d'oiseaux chaque année, le petit million d'oiseaux tués par les éoliennes semblait bien relatif.
Pas de « révolution des batteries »
J'avais donc l'impression que la plupart, et peut-être même la totalité, des problèmes de rentabilité des énergies solaire et éolienne étaient susceptibles d'être résolus par les progrès technologiques. Sauf qu'au fil des ans, les problèmes allaient persister et même, dans certains cas, empirer. Par exemple, si la Californie est un phénix des énergies renouvelables, nous n'avons pas converti nos barrages en batteries, notamment pour des raisons géographiques. Tous les barrages et réservoirs ne sont pas adaptés et leurs rénovations sont des opérations coûteuses.
Un autre et plus gros problème, c'est que l'eau qui s'accumule derrière les barrages a d'autres usages, à savoir l'irrigation et l'approvisionnement domestique. Et parce que l'eau de nos rivières et de nos réservoirs est rare et peu fiable, l'eau des barrages est ici d'autant plus précieuse. Sans moyens de stockage à grande échelle de l'énergie solaire, la Californie a dû se mettre à bloquer l'électricité produite par les centrales solaires les jours de grand ensoleillement ou payer ses États voisins pour qu'elle la récupère et éviter que notre réseau n'implose.
L'éolienne, un super-prédateur
Et oubliez les fanfaronnades médiatiques, il n'y a pas de « révolution des batteries » à l'horizon, et ce, pour des raisons économiques et techniques très bien comprises. Quant aux chats domestiques, ils ne tuent pas de gros oiseaux rares et menacés. Ce que les chats tuent, ce sont de petits volatiles communs – les moineaux, merles et geais. Ce qui tue les grands oiseaux menacés et en voie de disparition – des espèces qui pourraient s'éteindre, comme les faucons, aigles, hiboux et condors –, ce sont les éoliennes.
En réalité, les éoliennes constituent la menace la plus sérieuse pour les espèces d'oiseaux d'importance à émerger depuis des décennies. Ces turbines à rotation rapide sont comme un super-prédateur contre lequel les grands oiseaux n'ont pas eu le temps de s'adapter. Les parcs solaires ont des impacts écologiques similaires. Construire une ferme solaire, c'est un peu comme construire n'importe quel autre type de ferme. Vous devez vider toute la zone concernée de sa faune.
Afin de construire l'un des plus grands parcs solaires de Californie, les développeurs allaient engager des biologistes pour extraire de leurs terriers les tortues du désert menacées, les placer à l'arrière de camionnettes, les transporter et les enfermer dans des enclos où beaucoup ont fini par mourir. Alors que ces impacts devenaient de plus en plus manifestes, je me suis rendu compte qu'aucun progrès technologique ne pouvait résoudre le problème fondamental des énergies renouvelables.
Un problème naturel, plus que technique
Si vous pouvez trouver un moyen de fabriquer des panneaux solaires moins chers et des éoliennes plus grandes, jamais vous ne pourrez faire en sorte que le soleil brille plus régulièrement ou que le vent souffle de manière plus fiable. J'ai fini par comprendre les implications environnementales de la physique de l'énergie. Pour produire des quantités importantes d'électricité à partir de faibles flux énergétiques, il faut les répartir sur d'énormes superficies. En d'autres termes, le problème des énergies renouvelables n'est pas fondamentalement technique, il est naturel.
Traiter des sources d'énergie qui, par nature, ne sont pas fiables et nécessitent de grandes surfaces au sol représente un coût économique des plus élevés. On a beaucoup parlé de la réduction des coûts des panneaux solaires et des éoliennes. Mais ces économies ponctuelles, permises par leur fabrication dans de grandes usines chinoises, ont été dépassées par le coût élevé de leur manque de fiabilité.
Prenez l'exemple de la Californie. Entre 2011 et 2017, le coût des panneaux solaires a diminué d'environ 75 %, ce qui n'a pas empêché le prix de notre électricité d'augmenter cinq fois plus vite que dans le reste des États-Unis. Le même phénomène s'est produit en Allemagne, leader mondial des énergies solaire et éolienne. Le prix de son électricité a augmenté de 50 % entre 2006 et 2017, alors qu'augmentait aussi la part du renouvelable dans son mix énergétique.
Lire l’article sur le site du Point en cliquant ICI

Read the original version of this article, as published in « Quillette » by clicking HERE



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